Un été au SénégalRemédions à cette lacune, de n'avoir rien écrit dans le carnet de route Sénégalais. Nous avons parcouru ce pays par étape. Une période chez l'habitant à Pikine, banlieue de Dakar. Puis un périple dans le sud jusqu'à Kédougou en 7 places (pays Bédik), en passant par le Sine Saloum, Joal-Fadiouth, M'Bour.... Nous avons ensuite foulé la terre généreuse de Casamance entre Zigninchor, M'lomp, Enampor, Affiniam, l'île de Karabane, cap skiring... Puis nous sommes rentrés sur la petite côte en traversant la Gambie. Nous nous somme posés à Popenguine avant de retourner en famille à Pikine. Ce périple a duré 2 mois.40°Cet 98%
Dakar,
sur la presqu'île du cap vert, un des rares ports naturels du pays,
capitale depuis 1958, est une ville jeune, dynamique, animée et
nonchalante.
Pikine ladekSensation étrange que de se sentir chez moi, à 5h d'avion de la maison, dans une famille où je ne comprends pas toujours les discussions, si loin de mes habitudes, de ma culture. A 5h30 réveil en sursaut par le muezzin qui chante le premier appel à la prière. La maison est silencieuse, mot bien étrange quand on parle de l'Afrique. Edmond le petit dernier de la famille nous laisse encore un peu de répit.
Xalel poto-poto la, nooko raaxeh rek lay weyeh.
Puis
vient le temps de la valse, des biberons, douches, brosses à dents,
seaux, bassines, savon, grincements de la porte avec les entrées et
sorties des enfants. Le réveil est chaud, moite, collant et
grattant. Dehors la vie est toujours là. Elle ne c'est jamais
vraiment arrêtée, juste suspendue un court instant sur le petit
matin. Puis elle a repris ses droits, sonnante et trébuchante,
colorée et forte. Difficile de s'extirper du matelas mousse à
« mémoire de forme » sur lequel je dors. Allez, rien de
tel qu'un grand pot d'eau froide versé sur la tête pour se
réveiller. Mais ce matin j'ai oublié de remplir ma bassine, erreur
de débutante et il n'y a pas d'eau, alors il faudra attendre le
nescafé du matin pour ouvrir clairement les deux yeux. Un coup de
balai, pliée en deux au bout de ce truc en paille et déjà Claire
m'appelle, il est l'heure d'aller au marché. Claire est toute fière
de se balader avec moi dans ce quartier populaire de la banlieue
Dakaroise. Elle s'arrête fréquemment pour des salutations
prolongées : Sur les étals ses mains fouillent dans les tomates, les aubergines amères, les racines de manioc ou d'igname...puis c'est au tour du poisson ou du poulet et enfin aux condiments : oignons, ail, piment,... sans oublier un incontournable dans la cuisine Sénégalaise : le cube maggi ou jumbo pour épicer les viandes et poissons. Sans parler du riz ou plutôt du riz concassé, moins cher, mais qui remplace le mil dans les villes. Le marchandage est de rigueur surtout quand je suis à ses côtés et que le prix double ou triple.... Pendant l'hivernage le marché est très souvent inondé, la boue, les flaques, remplacent les étroites allées. De plus le nettoyage et l'enlèvement des ordures se font de moins en moins régulièrement, les odeurs qui s'en dégagent se mêlent à celles du poisson séché et à l'odeur acre de la viande fraîchement découpée. Ce jour-là, un groupe de femmes chante la tête enserrée d'un tissu rouge, signe de colère et de protestation contre l'insalubrité croissante du marché. Elles réclament ce que leur doit la ville, le nettoyage ! De retour à la maison, avec tout nos petits sachets de plastiques qui vont s'envoler et se ficher dans les branches d'acacia, s'entasser dans les rues, les mangroves...nous préparons le repas.
La
journée se passe au rythme des corvées de lessive, de nettoyage,
mais aussi au rythme des visites de la famille, des amis, des enfants
qui vont et viennent. Ceci jusqu'au soir où après le repas nous
nous installons avec Claire sur un petit banc dans la rue. Nos bancs
bien enfoncés dans le sable devant la porte de la maison, nous
discutons toute la soirée de trucs de filles, en écrasant les
moustiques qui nous attaquent en cette saison des pluies. La chaleur
est toujours aussi présente et nous essayons de nous rafraichir un
peu avec des éventails de paille tressée. Papoter entre femmes est
une grande activité africaine vue que les hommes discutent
politique, argent, voiture, football... en fait, de tout ce qui n'est
pas très réjouissant, entre eux, autour d'un thé (ataya) ! Nous,
nous « habillons nos hommes pour l'hiver... » comme
seules les femmes savent le faire ! Vous savez sur les chaussettes
qui trainent, les « j'ai oublié... ». Nous palabrons
aussi de la vie difficile au Sénégal, mais surtout de la condition
de la femme très marqué par le poids des traditions.....
Elle me traine à un mariage, histoire de faire la fête un samedi soir, ...souvenir inoubliable ! La cérémonie commence par la messe à l'église. Notre Dame du Cap Vert est immense mais nous avons du mal à trouver une place assise. Les mariés écoutent attentifs, l'orchestre (tams tams) s'en donne à cœur joie. Ce qi frappe en passant le porche où les portes sont grandes ouvertes, se sont les couleurs. L'église est emplie d'un feu d'artifice de boubous, de robes longues, de tissus chatoyants, de tresses, ....Les Sénégalaises sont belles il n'y pas à tortiller. Elles sont grandes et portent le boubou avec une classe délectable. Sur le parvis de l'église il n'y a pas assez de place pour tout le monde et les photographes ne savent plus ou donner de la tête. Les talons des femmes s'enfoncent dans le sable mais ne change rien à leur digne port de tête. Les mariés s'éclipsent pour faire le tour de leur quartier et saluer tout le monde. Les invités se dirigent alors vers le lieu de la fête. Tout le monde s'assied à une table, pendant que les filles d'honneur servent les boissons. Un grand verre de jus de bouye au lait rempli de glaçons...Nous attendons le retour des mariés devant 2 petits fours. Ils arriveront 3h plus tard....Ils s'installent à leur table et la procession pour les cadeaux commence. La file s'allonge, chacun apporte son présent et félicite les nouveaux mariés. Le bouchon de champagne saute les mariées trinquent et saluent l'assistance en remerciant les amis avant d'ouvrir le bal....enfin...il est 23h. La fête commence...enfin pas tout à fait. Elle a commencé la veille avec de la musique, des boissons dans la maison de la mariée. Puis il y a eu le coiffeur, la maquilleuse, l'habilleuse et surtout les dernières recommandations des proches et des femmes plus âgées. Après la cérémonie officielle la fête continue au domicile de la mariée mais sans elle, car elle est entrée dans la famille de son mari, chez sa belle-mère...une autre vie ! Aujourd'hui nous sommes dimanche, j'ai laissé les enfants toute la soirée à la maison pour assister au mariage. Ils étaient ravis que je « les lâche un peu ». Nous rendons visite à la pouponnière des sœurs franciscaines de Dakar. J'ai plus de 30 kgs de vêtements pour enfants à leur donner. Nous avions fait une collecte avant notre départ avec l'école. Merci aux parents qui ont participé ! Les sœurs accueillent les enfants dès la naissance en général au décès de la maman. Le papa ne peut pas s'en occuper à cause de son travail et s'il n'y a pas une tante ou une grand mère, ils arrivent à la pouponnière jusqu'à l'âge de 2 ans environ. Lorsque l'enfant marche, il est un peu plus autonome, il est donc plus facile à gérer pour les familles. Environ 5% d'entre eux prendront le chemin de l'adoption. 90 enfants gravitent donc dans les locaux de cette pouponnière. Ils viennent de tout le pays, l'équipe donnant la priorité aux familles éloignées. Les enfants sont séparés par âge sur 2 étages. Ils disposent tous d'un berceau. Une salle est réservée aux activités motrices, ou intellectuelles comme la musique... L'équipe est composée d'une dizaine de personne, les stagiaires ainsi que les bénévoles sont toujours les biens venus.
GoréeAprès une visite de l'île. Nous nous arrêtons à la plage pour que les enfants se détendent. La plage de l'embarcadère au milieu des bateaux. Quelques parasols, une sono à fond et 2 toubabs dans l'eau. Les enfants s'amusent et nous nous cuisons au soleil. La présence de quelques méduses écourtera la baignade, car elle est devenue piquante. Voir reportage (à venir) Nous passerons un autre après midi à la plage mais celle de Dakar cette fois. Dans les odeurs de poissons pourri de l'usine d'à côté. Le soir nous mangeons à la dibiterie. C'est un petit restaurant où l'on ne sert que de la viande (mouton en général) grillée. A la dibiterie Aoussa la viande est d'abord bouillie, se qui l'a rend moins grasse. Les petits morceaux de viande sont servi sur un papier avec du sel, du cube maggi émietté, des oignons frais. Les enfants se régalent, en redemandent....le lendemain sera difficile pour Mathis qui ne pourra aller manger chez mémé Adèle. Mathis reste donc couché à la maison avec Betty pour le chouchouter et nous nous honorons le repas cap verdien de la souriante Adèle. Un bonheur à elle seule. De petits yeux dorés, pétillants, malicieux, une couleur café, les dents du bonheur , un puits de bienveillance. J'arriverais quand même péniblement à refuser la 3ème assiettes qu'elle me tend mais pas le dernier verre de vin rouge débouché spécialement pour nous. Le repas c'est déroulé dans le salon sur la table basse avec pour fond sonore la télévision. Pour une fois nous avons mangé dans des assiettes avec couteau et fourchette...le luxe ! Nous repartons à l'heure de l'inévitable soap Brésilien que toutes les femmes regardent. Des bikinis, des couples qui se déchirent, des amoureux homosexuels, de l'argent à profusion, tout le mélo-psycho-dramatique est là.....
Le
lendemain nous passons la journée au bord du lac rose avant une
dernière visite de Dakar.
Au revoir PikineNous quittons Pikine sous la pluie pour la petite côte dans le village de Popenguine. Nous logeons chez Pierrot qui tient un hôtel dans le village à deux pas de la plage. Nous sommes toujours dans la famille car il est le frère du mari de Claire. Nous sommes toujours accompagné par Paul qui nous consacre le plus de temps possible. Paul est le neveu de la famille et un ami. Il partage beaucoup avec Mathis, en faisant de la lutte, il l'amène à la boutique, joue avec lui. La chaleur est accablante, les coupures de courant fréquentes et les nuits sans ventilateur ni un pousse de vent sont torrides. Nous commençons notre périple par une balade à M'Bour (voir reportage pêcheurs sénégalais ) avant de nous rendre au pied d'un des plus grand baobab du pays (voir reportage baobab ), puis un arrêt à Joal-Fadiouth. Nous arrivons enfin, éreintés et cuit à point à N'dangane, pour prendre une pirogue qui nous mènera jusqu'au village de Mar lodge. Les enfants se baignent au petit matin dans la mangrove après une nuit suffocante. Nous reprenons la pirogue puis la route jusqu'à Fimla. Nous sommes à la recherche d'un N'dagan N'daye pour Kaolack. Nous en trouvons un très rapidement et nous sommes aux anges jusqu'au moment où il nous dit qu'il faut attendre qu'il soit plein. Effectivement les transport ne partent pas à une certaine heure, mais plutôt quand ils sont pleins. Remplir un petit bus dans un village aussi perdu risque d'être long....4h après de guère lasse nous décidons de prendre un taxi même si le prix est plus cher. La route est longue semée de nids de poule, jusqu'au carrefour. Là nous chargeons des sacs de riz, des ballots de tissus,...avant de partir pour Kaolack. A peine assis dans le bus un nuage de poussière soulevé par un camion venant en sens inverse nous fouette le visage. Pas de chance...Isa se retrouve avec une poussière dans l'œil. Raf inonde l'œil avec le peu d'eau qui nous reste dans une bouteille, je passe un tissus, mais rien n'y fait, la douleur est toujours présente. Au fur et à mesure du voyage la douleur s'intensifie, l'œil gonfle, il est rouge, irrité, Isa ressemble à une boxeuse et n'y voit plus rien. Nous nous arrêtons chez un pharmacien (en grève ce jour là) acheter du sérum physiologique. Le pharmacien regarde l'oeil et dit d'un ton catégorique : « Il y a quelque chose de planté dedans ! Il faut aller à l'hôpital.» Mais quelle bonne nouvelle, justement nous voulions en visiter un !
L'hôpitalA l'entrée le gardien nous demande d'aller chercher un bon de 5000 CFA pour la consultation. Nous allons dans le service de chirurgie, obstétrique, ophtalmologie...Le major nous reçoit et décide d'appeler une ambulance pour aller chercher l'ophtalmo qui évidement a terminé sa journée. Restons zen...tout va bien. En le voyant sortir de l'ambulance Isa est un peu inquiète. Il boite, à la soixantaine bien tassée, une paire de lunette comme des culs de bouteille et des écouteurs dans les oreilles. Aïe ! Il ouvre son bureau fait une fiche détaillée avec nom, prénom date de naissance......en expliquant tous les rouages de l'administration comme si Isa allait revenir souvent...Ah les urgences Africaines...! Il vérifie ensuite la vue avec un 10/10 d'un côté et évidement un pas grand chose de l'autre. Nous voilà maintenant dans le vif du sujet, il regarde l'œil. Verdict :- « Corps étranger à 9H » - «Cool, j'ai faillie m'inquiéter ! » rétorque Isa blême. - « Et on fait quoi maintenant ? » - « Facile on l'enlève ! » Il prend un coton tige et s'entête à essayer d'enlever l'épine d'acacia. Et oui il n'y qu'Isa pour se planter une épine d'acacia dans l'œil assise dans un taxi brousse. Au bout de quelques tentatives infructueuse, Isa commence à avoir les jambes qui flageolent. Le médecin va donc chercher de la xylocaïne pour diminuer la douleur. Une grande giclée bien brûlante et piquante et le voilà qui farfouille dans une boîte en fer. - « Waaw, ça brûle ! » - « Waaw mais il faut l'enlever hein ! » Il sort alors un scalpel de la boîte en f éraille et se met à frotter l'œil. Les doigts d'Isa s'enfoncent dans le fauteuil, au bout de 3 tentatives le corps étranger est extirpé. La sueur coule sur le visage d'Isa, elle est livide, à la nausée et est incapable de se lever. Au bout de 3 min, elle se lève un peu chancelante et le médecin donne ses consignes. - « Pas de poussière, pas trop de soleil » Facile en Afrique ce genre de recommandations. - « Un collyre anti-inflammatoire, et une crème antibiotique ! Jusqu'à cicatrisation. Si dans 3jours la douleur est toujours aussi intense il faut retourner à Dakar... » En deux mots comment gâcher un voyage ! Isa est verte !
Deux
heures après Isa s'aperçoit que tout compte fait la xylocaïne
avait fait de l'effet car la douleur se réveille, pour le coup Isa
se couche. BassariLe lendemain nous récupérons les traitements à la pharmacie et nous voilà reparti avec un pirate à bord d'un 7 places pour Tambacounda. Mathis est coincé contre une doudou aux fesses larges eet la vitre. Il est en plein soleil, et tous mes principes sur la façon de voyager avec des enfants en prennent un coup. Il ne râle pas, il sait bein qu'il n'a pas le choix mais comme maman est en mauvais état il prend son mal en patience, somnole, boit un coup, grignote des noix de cajou...Isa a beaucoup de mal à garder l'œil ouvert et passe les ¾ de la journée les yeux clos. Une horreur, elle devient dingue de ne rien voir, elle est à cran. Nous arrivons dans une famille qui nous accueille les bras ouverts. Les enfants jouent dans la rue avec des copains, Isa est assise dans la cour et attend que Paul est fini le thé. La femme de notre hôte remonte le seau du puits pour nous permettre de nous laver. Isa enrage de ne rien pouvoir faire, elle tombe tout ce quelle touche, son œil gratte, pique, et est complètement fermé. Le lendemain matin nous ne retrouvons plus les enfants. Ils sont chez la voisine et participent à la vaisselle (Isabelle n'y croit une seconde). Mathis veut tuer le cochon, mais ils finiront pas jouer aux petits chevaux, ouf ! Rassurés les parents, ceux sont bien nos monstres. Nous prenons la route avec un mini bus (nous nous sommes embourgeoisés aujourd'hui) pour Kédougou (voir reportage Bédik ).Casamance
Départ
5h du matin, Isa ronchonne en disant qu'elle ne peut pas ouvrir un
œil. Très drôle lui rétorque Raf. Effectivement la mirette n'est
pas franchement très ouverte sur le monde. La journée sera une
épreuve avec 6h de 7 places, plus proche du cercueil roulant que de
la voiture. Nous crevons, le chauffeur essaye de changer la roue,
mais il n'a pas de cric. Il hèle un n'dgan N'daye qui lui en laisse
un au bord de la route et remplace enfin le pneu par un autre aussi
lisse que la tête de Barthes. Enfin au bout de la route asphaltée
Tambacounda, où nous prenons un autre véhicule pour Ziguinchor. Les
enfants ne disent rien. Ils enchainent les transports en grignotant
des noix de cajou, en avalant un petit morceaux de pain avec de la
vache qui rit. Ils somnolent, regardent dehors, jouent un peu, mais
pas à un seul moment nous avons entendu un : « c'est quand
qu'on arrive ». A l'approche de la nuit le chauffeur accélère
car nous sommes en pays rebelle et il est dangereux de circuler la
nuit. Des militaires mitraillettes au point jalonnent la route. Les
contrôles de police et de gendarmerie se font plus fréquents. Nous
nous déplierons enfin après 13h de route. C'est la journée la plus
harassante que nous ayons faite. Nous nous posons sous le porche
d'une maison. Nous sommes chez des amis de Paul, mais malheureusement
il 'y a plus de place pour nous loger. Nous atterrirons dans une
auberge avec douche commune et une chambre sans ventilateur. Nous
passerons encore une mauvaise nuit transpirants et collants.
Depuis notre retour, nous contactons trés souvent nos amis du Sénégal. Dernièrement ils ont subi de fortes chutes de pluie:
http://www.rfi.fr/actufr/articles/118/article_85427.asp
On vous reparlera bientôt d'une trés belle initiative à laquelle nous apportons notre modeste soutien
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