Tête en bas et racines en l'air
Il est partout, dans la savane, il nous observe du coin de l'œil. Difficile de ne pas s'arrêter pour le caresser ce gros ventru. Nous sommes sous un des plus vieux baobab du pays sur la piste pour Joal Fadiouth. Il est impressionnant, ses fleurs pendent au bout d'une tige comme une ampoule au bout d'un fil. Quelques fruits pendus la tête en bas font leur apparition. Nous voulons voir les entrailles du gros sage. Nous pénétrons dans l'antre des chauves-souris dont les petits cris perçants et l'odeur piquante de leur fiente nous accueillent. L'endroit est dans la pénombre, le ciel se devine entre les mains sinueuse de l'arbre. On s'y sent bien, dans ce gros ventre...réminiscence d'une vie aquatique passée où la chaleur maternelle nous réconfortait ?.....
Une légende explique même que Dieu avait d'abord planté le baobab dans le bassin du Congo, puis à Ruwenzori, mais qu'à chaque fois, l'arbre se plaignait d'une humidité trop élevée. C'est alors que Dieu, irrité, décida d'arracher l'insatisfait et le jeta dans une contrée sèche…mais il y atterrit à l'envers.
Ce géant fait partie intégrante du paysage et accompagne le voyageur le long des chemins. Il lui tient compagnie, lui offre repos et ombre. Son image de vieil homme sage rassure, ses branches protègent et son tronc creux offre abri et sécurité.... sauf si on craint les habitants de l'autre monde....
Le baobab est un symbole de l'Afrique. Il est aussi l'emblème du Sénégal. Ce géant de la savane à la longévité surprenante (plus de 2000 ans) ponctue le paysage de ses formes tortueuses. Se dandinant sur son gros tronc ventru pouvant dépasser les 12 m de diamètre. Ses branches, pour la plupart sans feuille, s'étirent vers le ciel sur une hauteur pouvant dépasser les 25m. Il est généreux avec l'homme en lui fournissant une écorce fibreuse, et résistante pour la fabrication de corde.
Ses fruits (pain de singe) contiennent des graines enrobées de pulpe, utilisées pour confectionner le jus de bouye. Ce jus acide et épais que l'on sucre est plus riche en vitamine C que les oranges. Il remplace le lait maternel auprès des enfants en manque de calcium, il est deux fois plus riche en calcium que le lait. De plus il possède des vertus thérapeutiques indéniables : contre la diarrhée (mucilages, tanin) ou paradoxalement contre la constipation grâce à ses fibres. Il est anti-inflammatoire (arthrose, arthrite) et antibiotique. Il est plus riche en antioxydants que le kiwi ou l'orange.
Son bois inutilisable car mou et spongieux, lui permet de se pas souffrir d'une coupe illégale.
Les graines sont comestibles grillées ou pressées en huile. Les potières s'en servent également en bracelet pour lisser les poteries et les polir. Les feuilles consommées bouillies sont riches en protéines et en minéraux. La poudre séchée entre dans la préparation des sauces comme par exemple dans le couscous ou le mil.
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Le tronc du baobab souvent creux peu servir d'abri lors d'intempéries, de grotte sombre pour les chauves-souris, ou de sépulture pour les griots.
Le baobab est tellement important qu'il entre également dans la vie des jeunes enfants par le biais de contes ou d'histoires.
Il est invoqué, par les femmes stériles pour les aider à procréer. Avant un événement important des offrandes et parfois des sacrifices sont offerts à l'arbre ancêtre pour qu'il offre sa protection. Par exemple avant chaque tournoi de lutte dans le village de Popenguine une cérémonie est organisée autour du baobab sacré du village. Une offrande de lait caillé, est déposée tout autour de l'arbre, la musique a également toute sa place avec le neunde, tambour taillé dans un morceau de bois massif, en forme de mortier, et recouvert de peau de chèvre. |
La peau est tendu à l’aide de sangles et de tiges en bois. La percussion se joue à l’aide d’une baguette, qui donne une sonorité très caractéristique.
Chaque jour j’apprenais quelque chose sur la planète, sur le départ, sur le voyage. Ça venait tout doucement, au hasard des réflexions. C’est ainsi que, le troisième jour, je connus le drame des baobabs.
Cette fois-ci encore ce fut grâce au mouton, car brusquement le petit prince m’interrogea, comme pris d’un doute grave:
- C’est bien vrai, n’est-ce pas, que les moutons mangent les arbustes ?
- Oui. C’est vrai.
- Ah! Je suis content.
Je ne compris pas pourquoi il était si important que les moutons mangeassent les arbustes. Mais le petit prince ajouta:
- Par conséquent ils mangent aussi les baobabs ?
Je fis remarquer au petit prince que les baobabs ne sont pas des arbustes, mais des arbres grand comme des églises et que, si même il emportait avec lui tout un troupeau d’éléphants, ce troupeau ne viendrait pas à bout d’un seul baobab.
L’idée du troupeau d’éléphants fit rire le petit prince:
Il faudrait les mettre les uns sur les autres…
Mais il remarqua avec sagesse:
- Les baobabs, avant de grandir, ça commence par être petit.
- C’est exact ! Mais pourquoi veux-tu que tes moutons mangent les petits baobabs ?
Il me répondit: « Ben! Voyons! » comme s’il s’agissait là d’une évidence. Et il me fallut un grand effort d’intelligence pour comprendre à moi seul ce problème.
Et en effet, sur la planète du petit prince, il y avait comme sur toutes les planètes, de bonnes herbes et de mauvaises herbes. Par conséquent de bonnes graines de bonnes herbes et de mauvaises graines de mauvaises herbes. Mais les graines sont invisibles. Elles dorment dans le secret de la terre jusqu’à ce qu’il prenne fantaisie à l’une d’elles de se réveiller. Alors elle s’étire, et pousse d’abord timidement vers le soleil une ravissante petite brindille inoffensive. S’il s’agît d’une brindille de radis ou de rosier, on peut la laisser pousser comme elle veut. Mais s’il s’agit d’une mauvaise plante, il faut arracher la plante aussitôt, dès qu’on a su la reconnaître. Or il y avait des graines terribles sur la planète du petit prince… c’étaient les graines de baobabs. Le sol de la planète en était infesté. Or un baobab, si l’on s’y prend trop tard, on ne peut jamais plus s’en débarrasser. Il encombre toute la planète. Il la perfore de ses racines. Et si la planète est trop petite, et si les baobabs sont trop nombreux, ils la font éclater.
« C’est une question de discipline, me disait plus tard le petit prince. Quand on a terminé sa toilette du matin, il faut faire soigneusement la toilette de la planète. Il faut s’astreindre régulièrement à arracher les baobabs dès qu’on les distingue d’avec les rosiers auxquels ils ressemblent beaucoup quand ils sont très jeunes. C’est un travail très ennuyeux, mais très facile. »
Et un jour il me conseilla de m’appliquer à réussir un beau dessin, pour bien faire entrer ça dans la tête des enfants de chez moi. « S’ils voyagent un jour, me disait-il, ça pourra leur servir. Il est quelquefois sans inconvénient de remettre à plus tard son travail. Mais, s’il s’agit des baobabs, c’est toujours une catastrophe. J’ai connu une planète, habitée par un paresseux. Il avait négligé trois arbustes… »
Et, sur les indications du petit prince, j’ai dessiné cette planète-là. Je n’aime guère prendre le ton d’un moraliste. Mais le danger des baobabs est si peu connu, et les risques courus par celui qui s’égarerait dans un astéroïde sont si considérables, que, pour une fois, je fais exception à ma réserve. Je dis: « Enfants! Faites attention aux baobabs ! » C’est pour avertir mes amis d’un danger qu’ils frôlaient depuis longtemps, comme moi-même, sans le connaître, que j’ai tant travaillé ce dessin-là. La leçon que je donnais en valait la peine. Vous vous demanderez peut-être: Pourquoi n’y a-t-il pas, dans ce livre, d’autres dessins aussi grandioses que le dessin des baobabs ? La réponse est bien simple: J’ai essayé mais je n’ai pas pu réussir. Quand j’ai dessiné les baobabs j’ai été animé par le sentiment de l’urgence.
Extrait du petit prince de St Exupéry
Editions Gallimard
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