Invitation en pays Bédik
Après
13h de 7 places, dans lequel la touffeur de l'air semblait avoir encore
augmenté nous arrivons à Kédougou. A l'arrivée, la toubab que je suis
fait rire les villageois. Je sors un gilet parce que j'ai froid ! Nous
avons bien perdu quelques degrés, il ne fait plus que 30°C. Nous sommes
à l’extrême sud-est du Sénégal, dans une région préservée qui abrite
des ethnies aux fortes traditions animistes : les Bediks, les Bassaris,
…
Le
relief consiste en une série de petits massifs recouverts de savane
arborée, culminant à plus de 400 m et constituant les plus hautes
altitudes du Sénégal.
Ces blocs impressionnants de pierre, au milieu desquels les Bediks
(gens de la dolérite) ont construit leurs villages, constituent une
protection naturelle efficace. Ces pierres de dolérite qui entourent
leurs maisons ont protégé jadis leurs ancêtres et accueillent
encore aujourd'hui leurs sacrifices.
Le département
de Kédougou est relié au reste du pays par une bonne route jusqu'à
Tambacounda, et une mauvaise jusqu'à Kaolak et Dakar. Ce précaire
cordon ombilical est le seul moyen de contact routier, assurant le
mouvement des denrées et des personnes, ce qui explique l'isolement
de la région. Les frontières proches du Mali et de la Guinée sont
les portes d'un important mixage de population grâce aux mouvements
migratoires des Malinkés du Mali, des Peuls du Fouta-Djallon...
Les
Bediks, tout comme les Peuls de la région pratiquent l'agriculture,
un peu d'élevage et de chasse de façon plus rare à cause du peu de
terre encore vierge de plantation. La
production suffit rarement à assurer la consommation pendant l'année
entière. Mais leur technique agraire de rotation des lots, de
jachère, de brulis contribue à leur procurer une terre assez riche.
Les plantes vivrières cultivées par les Bedik sont les mêmes que
celles que cultivent les autres populations de la région : arachide,
fonio, maïs, haricot, riz quelques manguiers, mil. Celui-ci sert
également à la confection de différentes sortes de bières de mil,
qui constituent un élément capital dans les rituels, les
cérémonies et les travaux collectifs. La viande constitue un
aliment rare.
Après
un arrêt au village Peul d'Ibel dans la vallée, nous grimpons vers
les villages Bédiks. Il y a 7 villages tous en haut des collines. Il
fait chaud, nous avançons dans un village de petites cases de terre
(eau et argile) au toit de chaume. Elles sont blotties les unes
contre les autres comme si elles voulaient se réchauffer.
Le village
est entouré de verdure, arbres, champs de maïs, herbe de couleur
vert tendre des premières pluies de l'hivernage. Nous descendons au
cœur du pays Bédik par un étroit chemin de terre rouge serpentant
entre les rochers. Nous sommes accueillis par Jean-baptiste qui nous
fait assoir à l'ombre dans sa petite cour. Les femmes pilent le maïs, le rythme lent mais régulier des pilons ponctuent notre
conversation.
Une mamie les narines percées d'un piquant de porc
épic nous salue de son sourire édenté. Elle sort d'une case juste
à côté de celle de notre hôte. Jean baptiste nous explique que
tout le monde ne vit pas dans la même maison, mais que les filles
ont leur case, ainsi que les garçons, les vieilles, ainsi que le
couple. Les familles possèdent une case grenier pour entreposer les
céréales mais aussi toute sorte de matériel. Le village d'Iwol
dans lequel nous séjournons compte 523 personnes, organisées en 4
familles. Jean-Batiste Keita : prêtre, pharmacien, adjoint du chef
du village, traducteur et enseignant, nous présente son village et
ses habitants. Je vous laisse écouter l'explication de la création
du village :
L'année
est rythmée par différentes fêtes qui marquent les saisons et les
grandes étapes de la vie. (Fête de l'initiation, fête de la
fécondité et de la fertilité, fête de la puberté, fête des
récoltes...).
Eyamb
est la fête de la puberté pour les jeunes filles non mariées et
n'est célébrée que chez les Biwol. Le chef religieux « réveille »
l'esprit pour que les masques puissent sortir pendant la saison des
pluies.
Les jeunes filles sont parées de magnifiques coiffures dont
les éléments ont tous une signification. La ligne de cauris blancs
qui va du front à la nuque est un symbole de fécondité commun à
tous les Bedik, c'est signe de bonheur.
La jeune femme qui danse pour
la première fois porte des deux côtés de la tête, au-dessus de
l'oreille, des perles rouges terminées par un anneau. Les pompons
rouges et les clochettes servent à éloigner les sorts d'un mauvais
génie, dont on ne doit pas prononcer le nom.
Les
jeunes filles de tous les villages Bédiks sont réunie pour
l'occasion. Elle arborent de magnifiques coiffures sophistiquées
mais aussi des colliers en fonction de leur richesse. Elles attendent
le début de la fête. Celle-ci commence par l'attente de la sortie
des masques. L'effervescence est à son comble, l'excitation palpable.
Les filles attendent la sortie des masques mais ne savent pas où 'ils vont apparaître. Certaines courent dans tous les sens,
d'autres sont placées aux endroits stratégiques sur le chemin. Le
but est d'arriver la première devant le masque car celle qui aura ce
privilège sera bénie.
C'est une vraie course où tous les coups sont
permis. Lorsque le premier masque est là, la tension retombe et
elles prennent un repas ensemble. En premier les plus jeunes goûtent
au Domi, plat traditionnel préparé pour l 'occasion,.Aujourd'hui aucun garçon ne mangera avec elles dans le plat. Les
boissons (à base de mil) qui sont dans la case sont réservées aux
jeunes filles habillées de blanc, c'est à dire à celles qui sont
en âge de se marier. Puis la fête peut commencer, nous nous
dirigeons tous vers le baobab sacré. Les filles entonnent des
chants, elles tapent des mains et des pieds. Les clochettes
résonnent, la terre tremble sous leur pas rythmés. Les masques
sortent alors les uns après les autres de leur cachette pour venir
danser au milieu des jeunes filles qui redoublent de ferveur.
Certaines jeunes femmes montent sur un rocher pour signifier à tous
qu'elles sont en âge de se marier. Le chant durera 1h puis nous nous
déplaçons sous un autre arbre plus prés du village où les chants
reprennent. Chaque chant dure 1h et ce durant la journée entière.
Le grand chef-d'orchestre de cette cérémonie traditionnelle est le
marabout du village, qui surveille d'un œil averti et avisé le bon
déroulement des festivités.
Ivres de couleurs et de sons,parcourus de frissons, tout notre être est à l'écoute de la Terre.
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